
Ce sont des hommes à part, ou si peu. Leur seule différence, c’est de s’aimer entre eux. Un petit rien longtemps considéré comme un grand mal. Et pourtant, pouvoir disposer de son corps, s’aimer en liberté, c’est si peu de choses… Combien de malheurs et de tragédies au fil des âges à cause d’un tel outrage, pour un crime de sexe, un crime d’amour ?
Pendant des siècles l’homosexualité fut considérée par la société, par l’église, par la loi comme une perversion ou une maladie mentale. Cette époque est révolue… Ou presque… Le sida, maladie des homosexuels, punition de Dieu, c’était hier. Il faut du temps pour qu’évoluent les esprits, beaucoup de temps…
Act Up, association de lutte contre le sida fut le premier objet de mon reportage. Mais derrière les homos concernés, conscients, militants, il y avait l’immensité de tous les autres, ceux qui voulaient simplement être libres d’aimer et de vivre autrement.
Act up, fut une passerelle qui me permit de les découvrir. C’est à eux que je me suis intéressé par la suite, à leur mode de vie, à ce qui les différenciait, et les rapprochait en même temps de moi et des autres, le sexe, l’amour, le couple, le travail, la vie…
Plutôt qu’une vision classique, image par image, j’ai cherché une autre narration à mi-chemin entre le reportage humaniste traditionnel et le cinéma ou la BD. Avec l’envie de conserver les codes classiques : photos noir et blanc, avec un filet noir, non recadrées, prises sur le vif, sans aucune mise en scène sauf dans ma façon d’organiser le récit :
• Une image quand je pensais avoir tout dit en un seul cliché.
• Un panoramique de deux photos successives quand l’image avait besoin de se prolonger et que je voulais montrer ce qui se passait hors champ.
• Un diptyque (ou un triptyque) quand la scène appelait un avant et un après, et que la curiosité demandait à voir ce qui allait se passer dans l’instant suivant. Ou encore quand je souhaitais mettre en relation en les juxtaposant deux moments éloignés ou deux scènes différentes afin d’offrir une double lecture.
Ce travail documentaire sur l’homosexualité vint naturellement se superposer à celui sur Act Up, l’englober, le dépasser.
Une minorité discriminée, offerte à la vindicte populaire, c’était à la fin du second millénaire, dans la dernière décennie du XXe siècle, c’était hier. L’homophobie, au même titre que le racisme et l’antisémitisme, c’est encore aujourd’hui.