Vincent Wartner

Promotion 2006 - 2007

Portfolio
• Hors la jungle

Entretien

Une photo n’est rien sans légende

Quelle définition du photojournalisme pourriez-vous donner ? Vous considérez-vous comme photojournaliste ?

Un photojournaliste est avant tout un photographe, mais, la notion de journaliste implique une certaine distance et de neutralité avec le sujet. On est là pour décrire un fait, pas pour le modeler. À mon sens, une photo n’est rien sans légende. Sans ces informations, qui replacent l’image dans son contexte, son interprétation peut-être faussée. Ce travail de récupération des données et de leur retranscription fidèle est le cœur du métier de journaliste.
Je travaille sur l’actualité et le reportage documentaire, c’est mon activité principale depuis quatre ans. Alors oui, je me considère comme faire partie de la corporation.

Pensez-vous que le photojournalisme se pratique obligatoirement sur le terrain de l’actualité ?

Pas forcément, bien que couvrir l’actualité fasse partie de nos “missions” premières. Maintenant, je pense à tous ces sujets réalisés totalement en décalage avec l’actualité, plus axés documentaires.

Est-ce du photojournalisme ?

Oui bien sûr et ils sont d’autant plus remarquables qu’ils ont demandé un travail de recherches d’informations et de prises de contacts poussées. De plus, le photographe devra ramener les informations nécessaires à l’écriture du papier, voir le rédiger lui-même. Un vrai travail journalistique. Certains photojournalistes se sentent à l’aise avec cette façon de travailler, d’autres, se révèlent excellents sur un terrain de l’actualité mais incapables de monter ce type de projet. A chacun sa spécialité. Le métier nous amène cependant régulièrement à jongler entre ces deux « pratiques ».

Quelle est votre référence en photojournalisme aujourd’hui ?

J’ai découvert le monde du photojournalisme sur le tard et ma culture photo, bien que s’étayant au fur et à mesure des années, reste perfectible. Mes références se basent donc plus ce qui se fait actuellement, aux personnes que j’ai rencontrées sur le terrain et ce que j’ai pu découvrir à Visa pour l’image par exemple. Je pense par exemple aux photographes du collectif nouvellement créé NEUS. Sans aller très loin, mes camarades de Riva représentent également des modèles de travail.

Il est commun de dire que le photojournalisme s’apprend sur le terrain mais vous avez suivi une formation à l’EMI, pourquoi ?

Venant des Arts Plastiques, puis de l’infographie, l’image a toujours été présente dans mon travail. Cependant, le monde du photojournalisme m’était totalement inconnu. À 37 ans, je ne voulais pas louper ma reconversion professionnelle. Cette formation m’a permis de faire la transition en douceur, de commencer à créer un réseau, de prendre mes marques. Mais clairement, le terrain reste la meilleure des écoles. Trouver les bons mots pour obtenir une photo, négocier avec les rédactions, tout ça ne s’apprend pas dans une classe. C’est un travail basé avant tout sur les rapports humains, ne l’oublions pas.

Pensez-vous que l’usage de la vidéo et/ou du multimédia fera partie de votre pratique professionnelle dans l’avenir et pourquoi ?

Cette évolution me semble inévitable. J’ai un grand intérêt pour les POM. Le son, associé à l’image, est un réel plus pour l’information et donne une sorte de troisième dimension au reportage en amenant de la chair.

Pour mon prochain reportage en Chine, une caméra et un enregistreur audio feront pourtant partie du matériel. Partant en binôme avec une photographe rompue à ces techniques, j’espère apprendre beaucoup pendant ce séjour. Ce sera un véritable test pour l’évolution que je souhaite donner à mon travail. Il faut cependant que les moyens de diffusion de ces reportages multimédias évoluent en parallèle. Aujourd’hui, sans financement, un webdocumentaire ne verra jamais le jour et les POM ne sont pas rémunérées à leur juste valeur malgré la charge de travail qu’elles impliquent en plus.



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