Jean-Marc Armani

Promotion 1991 - 1992

Portfolio
• Homos

Entretien

Une empreinte du réel

Quelle définition du photojournalisme pourriez-vous donner ? Vous considérez-vous comme photojournaliste ?

Le photojournalisme est l’art de raconter avec des images l’histoire humaine en marche. La photo comme l’écriture, la vidéo, la radio ou le dessin, est un moyen de rapporter et de transmettre l’information. Sa spécificité réside dans la puissance d’évocation de l’image photographique, sorte d’empreinte du réel.

Cependant, si le photojournalisme a pour ambition de témoigner objectivement de la réalité - montrer le monde tel qu’il est - il n’en demeure pas moins subjectif, puisque déterminé par les choix et les contraintes du photographe. Un cliché est toujours le résultat d’une multitude de variables. D’abord techniques : choix de la focale, de la sensibilité lumineuse, de la profondeur de champ, du temps de pose, de l’utilisation de la couleur ou du noir et blanc, de l’emploi du flash... Puis, culturelles et artistiques : choix du cadrage, de la position, de la distance, de l’instant décisif... Sans oublier les variables : interdictions de photographier, droits à l’image restrictifs, dangers, censures, morale, choix éditoriaux...
Autant de facteurs contraignants qui entrent dans le processus de fabrication de l’image et ne peuvent aboutir qu’à une reproduction incomplète, partiale et limitée de la réalité. Une photo peut mentir.
Le photojournalisme, comme les autres disciplines journalistiques, n’a ni la vocation ni la possibilité de reproduire la vérité intangible et insaisissable du monde. Il en donne une interprétation, à travers un langage pictural propre à chaque photographe et qu’on appelle le regard.

Dans son ouvrage La Réalité de la réalité, Paul Watzlawick évoque cet aspect de la profession : « De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité. En fait, ce qui existe ce ne sont que différentes versions de celle-ci dont certaines peuvent être contradictoires et qui sont toutes des effets de la communication, non le reflet de vérités objectives et éternelles. »

Je ne me considère pas comme un photojournaliste, mais comme un photographe. Certains de mes travaux peuvent se ranger dans la catégorie photojournalisme, d’autres s’en éloignent profondément.
Mes centres d’intérêt actuels dépassent le cadre trop strict du photojournalisme et se tournent vers la photo créative.

Pensez-vous que le photojournalisme se pratique obligatoirement sur le terrain de l’actualité ?

Non, l’actualité ne reflète qu’une vision très partielle et orientée du monde, et, sur une période très brève, le présent. L’histoire de l’homme ne se limite pas aux évènements en cours. L’actualité passe... Mais que s’est-il passé avant ? Que reste-t-il après ?
L’information, pour être complète et pour permettre de comprendre exige une analyse que l’actualité, éphémère par définition, ne permet pas. Une catastrophe, ou une guerre par exemple, ne se limite pas aux dégâts, aux pertes humaines qu’elle engendre, traités par l’actualité. Elle implique un travail en amont (quand l’évènement est prévisible) et en aval pour en décrire les prémisses et les conséquences. C’est le rôle du reportage de fond.

Quelle est votre référence en photojournalisme aujourd’hui ?

Les caméras de surveillance et les films amateurs pendant le tremblement de terre et le tsunami de Sendaï au Japon.


Il est commun de dire que le photojournalisme s’apprend sur le terrain mais vous avez suivi une formation à l’EMI, pourquoi
 ?

Après des études artistiques aux Beaux-Arts de Marseille, j’ai voulu m’initier aux spécificités du photojournalisme pour faire de la photo mon métier. J’ai été informé par mon prof de photo à Marseille de la création d’un nouveau stage à l’EMI-CFD à Paris. Ce stage, et ce que j’y ai appris, ma permis d’intégrer l’agence Rapho.


Pensez-vous que l’usage de la vidéo et du multimédia fera partie partie de votre pratique professionnelle à l’avenir et pourquoi ?

Peut-être, mais il s’agira plus du fait des opportunités offertes par les nouvelles technologies numériques et par internet que d’une démarche intentionnelle. En tout cas, je ne présage pas de mes futures envies, mes études artistiques m’ont appris à explorer toutes les techniques. Quoi qu’il en soit, il faut une vie pour faire un bon photographe, un bon cameraman. Par contre il faut très peu de temps pour faire n’importe quoi en touchant à tout et en ne maîtrisant pas grand’chose.



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