Adrien Matton

Promotion 2010 - 2011

Portfolio
• Gaia Luna (Les Néoruraux)
Prix
• Tremplin photo 2010 - Les forçats de M’Beubeuss, Sénégal

Entretien

Susciter le questionnement

Quelle définition du photojournalisme pourriez-vous donner ? Vous considérez-vous comme photojournaliste ?

Le rôle du photojournaliste est de témoigner des évolutions sociétales à travers une écriture photographique, de façon plus ou moins objective ou créative. De ce fait le photographe se doit de mettre l’accent sur certaines problématiques et susciter le questionnement, que l’issue soit
positive ou non. Mes travaux étant orientés vers l’actualité sociale et répondant aujourd’hui à des commandes de la presse, je me considère comme photojournaliste.

Pensez-vous que le photojournalisme se pratique obligatoirement sur le terrain de l’actualité ?

Il est possible d’exercer le métier de photojournaliste en dehors de l’actualité et du temps, mais le pari est risqué si l’idée de départ est de chercher absolument la publication. Dans la presse, il faut répondre à cet impératif. C’est souvent pour cette raison que d’excellents sujets au long cours finissent à Visa pour l’image plutôt que dans les kiosques. Le tout est de savoir si on veut en vivre et ainsi faire des concessions ou prendre le risque de travailler librement et d’être systématiquement dans le rouge. L’idéal étant à mon avis de trouver un équilibre entre ces deux postures.

Quelle est votre référence en photojournalisme aujourd’hui ?

Je m’intéresse à la jeune génération de photojournalistes avec une volonté d’auteur. Ceux qui demain remplaceront papa. Burnmagazine me semble mettre particulièrement en perspective les travaux de ces jeunes
photographes à travers le monde entier.

Il est commun de dire que le photojournalisme s’apprend sur le terrain mais vous avez suivi une formation à l’EMI, pourquoi  ?

Je me suis formé seul sur le terrain, celui des conflits sociaux. J’ai très rapidement été diffusé par une agence de photographes de news mais la conjoncture économique était très difficile. Le poids des agences filaires pèse très lourd sur la balance. Le « one shot », qui consiste
à réaliser une photo résumant un événement dans son ensemble, marche économiquement dans le cadre d’une commande presse mais difficilement autrement.
Ensuite, vient la volonté de raconter des histoires. Un parcours d’autodidacte est très long avant d’arriver à répondre aux exigences de la presse, bien qu’il soit, heureusement, tout à fait envisageable. Il faut s’armer de patience et avoir des ressource financières. Le choix de l’ EMI était avant tout de gagner du temps, d’acquérir les bases du journalisme et d’évoluer avec des photographes passionnés pendant 7 mois. Ce qui a été aussi enrichissant que le contenu de la formation lui-même.

Pensez-vous que l’usage de la vidéo et du multimédia feront partie de votre pratique professionnelle dans l’avenir et pourquoi ?

Il est encore trop tôt pour répondre à cette question. Je saurais dans les mois à venir si mes sujets en cours et à venir seront à la hauteur de la demande. Je pense qu’il ne faut pas brûler les étapes et d’abord maîtriser les tenants et aboutissants de son métier. Ensuite, l’économie autour du multimédia est encore prégnante, les rédactions sont encore globalement assez frileuses à l’idée d’investir sur ce genre de support.
L’EMI nous y a formé, les bases sont censées être acquises en fin de formation, mais je pense que si une réelle économie venait à se développer dans les années à venir, je préfèrerais travailler en binôme avec un monteur afin de partager nos points de vues et compétences. L’idée de passer 5 jours derrière un ordinateur me fait très peur. Chacun son taf.



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