Carl Hocquart

Promotion 2007 - 2008

Portfolio
• Survivre dans une prison malgache
• Madagascar, enfance dans un bidonville

Entretien

Répondre à une demande ou à une attente des médias

Quelle définition du photojournalisme pourriez-vous donner ? Vous considérez-vous comme photojournaliste ?

Le photojournalisme rend compte de l’actualité grâce à des images fixes. Ces images (contrairement à la photo d’art) ont besoin, au minimum, de légendes qui les contextualisent afin de leur permettre de jouer pleinement leur fonction informative. Elles doivent exposer la réalité effective d’un événement quand bien même cette réalité demeure toujours saisie partiellement et interprétée à travers un point de vue, un angle, un cadrage, des couleurs, etc.

Néanmoins, la force de la photo est d’être un véhicule d’émotion, de sensibilité. Cette émotion est une connaissance sensible de l’actualité. Aussi, peut-être plus que l’esthétique, c’est la puissance expressive qui importe. Mais, en dernière instance, dans un cadre strictement journalistique, c’est toujours la richesse de l’information contenue dans la photo qui doit primer sur toute autre considération. En ce sens, quand j’exerce comme photographe, je me considère comme photojournaliste par opposition à photographe plasticien, voire dans certains cas à photographe auteur. Même s’il est parfois possible d’instaurer un dialogue avec ces approches dans la pratique du photojournalisme.

Pensez-vous que le photojournalisme se pratique obligatoirement sur le terrain de l’actualité ?

Oui, dans la mesure où il doit répondre à une demande ou l’attente des médias qui décident de braquer leurs projecteurs sur telle réalité ou tel événement. Non, dans la mesure, où comme tout journaliste, il se doit aussi de mettre en lumière et de porter à la connaissance du plus grand nombre cette réalité qu’il juge digne de devoir entrer dans l’actualité.

Autrement dit, l’actualité n’est pas l’unique guide de l’activité du photojournaliste. De sa propre initiative, le photojournaliste peut ainsi réaliser un travail dans une temporalité plus lente, de type documentaire par exemple. Il atteste et témoigne ainsi sur une époque et par là même documente sur les bouleversements sociologiques.

Quelle est votre référence en photojournalisme aujourd’hui ?

Paolo Pelegrin et Sergey Maximishin

Il est commun de dire que le photojournalisme s’apprend sur le terrain mais vous avez suivi une formation à l’EMI. Pourquoi ?

Pour avancer plus rapidement, rencontrer d’autres photographes et mieux connaître les services photo des journaux, apprendre la meilleure manière de les aborder, et savoir anticiper leurs attentes. Et pour aussi me familiariser avec les logiciels, les nouvelles technologies.

Pensez-vous que l’usage de la vidéo et du multimédia fera partie de votre pratique professionnelle dans l’avenir et pourquoi ?

Sur un plan strictement journalistique, pourquoi pas... si cela est nécessaire et répond à une demande et apporte vraiment une meilleure qualité de l’information. En tout cas les modes d’élaboration et de narration sont différents. Mais je crains parfois que cela ne signifie, à plus ou moins long terme, l’abandon de la photographie comme vecteur d’information. L’image fixe a une forme d’expression propre qui n’est pas interchangeable avec la vidéo, notamment parce qu’elle permet d’imposer un temps d’arrêt, une suspension, une forme de résistance à l’accélération des évènements et de l’actualité. En ce sens, il serait dommage de l’abandonner.

Chaque support a un rapport au réel différent et engage un mode d’expression spécifique. Personnellement j’aime bien la relative simplicité et l’économie de moyens que l’on peut avoir et que j’espère conserver dans le travail photographique.

Par contre, je ne vois aucun inconvénient à ce que, dans un projet collectif, la photo devienne un matériau de base comme la vidéo et le son comme point de départ pour réaliser un film ou Pom ou autre. Le dialogue entre ces éléments peut être très enrichissant.



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