Grégoire Korganow

Promotion 1992 - 1993

Portfolio
• Tokyo comme un décor

Entretien

L’actualité est fugace et changeante

Quelle définition du photojournalisme pourriez-vous donner ? Vous considérez-vous comme photojournaliste ?

Le photojournalisme est une étiquette un peu étroite selon moi. Je préfère la notion d’auteur qui oblige le photographe à se questionner sur ce qu’il désire raconter. J’aime la subjectivité du récit, sa partialité et ses interrogations. Je ne me sens pas journaliste, juste photographe.

Pensez-vous que le photojournalisme se pratique obligatoirement sur le terrain de l’actualité ?

L’actualité est fugace et changeante. Elle ne suffit pas. Plus que l’histoire, c’est le rapport du photographe à cette histoire qui m’intéresse. Dans l’actualité, il y a une surenchère émotionnelle qui peut être obscène. C’est difficile d’avoir un regard juste sur l’actualité.

Quelle est votre référence en photojournalisme aujourd’hui ?

Je ne sais pas s’il se définit comme photojournaliste, mais le travail d’Eugene Richards sur la guerre en Irak est bien plus fort selon moi que toutes les images de guerre vues et revues.
Finalement l’image que l’on retient est celle que l’on ne voit pas mais celle que l’on imagine. Je ne sais pas si c’est très photojournalistique.

Il est commun de dire que le photojournalisme s’apprend sur le terrain mais vous avez suivi une formation à l’EMI, pourquoi ?

J’ai abandonné la formation après trois semaines. Je ne pense pas être un bon exemple. Je trouvais à l’époque que l’on m’apprenait plus à me vendre qu’à réfléchir à ce que je voulais raconter. J’étais jeune et sans doute trop idéaliste. Je n’étais pas prêt à l’époque à abandonner mes illusions. Je pense que j’ai fait cette formation trop tôt.

Pensez vous que l’usage de la vidéo et le multimédia fera partie de votre pratique professionnelle dans l’avenir et pourquoi ? Quelles sont les limites de ces nouveaux modes par rapport à la photographie ?

Ce sont pour moi des outils. Ils doivent donc être considérés comme tels. La question du sens doit selon moi toujours précéder celle de la forme. Si, pour raconter une histoire, j’ai besoin d’utiliser la vidéo ou le multimédia, pourquoi pas ? La crise de la profession précipite parfois les photographes dans des spéculations à court thème. Plus que jamais aujourd’hui, il faut revenir au cœur du récit photographique.



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