Lizzie Sadin

Promotion 1993 - 1994

Portfolio
• Mineurs en peines
Prix
• Violences Conjuguales

Entretien

Éthique et respect vis-à-vis des gens photographiés

Quel a été le déclic dans votre carrière photo journalistique ?

Le déclic ? cela dépend ce qu’on appelle déclic… si c’est ce qui m’a donné envie de faire ce métier, c’est venu doucement avec d’abord l’envie d’arrêter ce que je faisais avant, c’est-à-dire formatrice pour adultes. J’avais envie de voyager, d’être libre, de créer, de faire de la photo, de rencontrer des “autres”, de continuer à aider les gens mais autrement, sur le terrain, en témoignant sur ce qu’ils vivent. Un jour, j’ai sauté le pas et donné ma démission… Je ne le regrette pas ! Sinon, le déclic vis à vis de la profession, c’est mon travail sur les violences conjugales qui a été le vrai déclic, avec également les prix photo que j’ai reçus à l’époque comme par exemple le Prix du Scoop d’Angers (1997) et surtout le Prix Care du reportage humanitaire décerné à Visa pour l’image (1998) et puis d’autres ensuite…

Quelle définition du photojournalisme pourriez vous donner aujourd’hui ? Vous considérez-vous comme photojournaliste ?

Il n’y a pas de définition rigide pour moi. C’est rendre compte, témoigner, alerter, donner à réfléchir, dire, donner à voir, dénoncer aussi quand c’est nécessaire… Il y a plusieurs façons d’être photojournaliste, ici ou ailleurs, à l’étranger, traiter des sujets divers, des angles variés, et la durée, les temps élastiques… court terme, actu, moyen terme, long terme, l’essentiel est surtout de respecter une certaine éthique. Éthique et respect vis-à-vis des gens photographiés ainsi qu’envers ceux qui sont derrière à lire la page du magazine ou à regarder la photo quelque soit le support. Au temps du numérique, le virtuel, la retouche, Photoshop vient trop souvent flirter avec la réalité… la photo est partout, pas toujours les photographies. Qualité du fond et respect de la forme avant tout ! Respect des règles du journalisme ! Respect !
J‘ai longtemps traité de sujets portant sur les Droits Humains et plus particulièrement sur les Droits des Femmes car ils sont encore trop souvent bafoués. J’ai tenté de travailler de façon à approfondir mes enquêtes car dans photojournalisme il y a journalisme. Face à la dictature de l’instant, du tout de suite, avec une image qui en chasse une autre, je préfère l’enquête de fond, longue et vérifiée. Mais c’est coûteux et la vraie question est quel soutien des grands médias à l’égard du photo-reportage ?…

Pensez-vous que le photojournalisme se pratique obligatoirement sur le terrain de l’actualité ?

Non, justement, c’est ce que je viens de dire précédemment, il y a des terrains divers, des façons différentes de dire l’Universel à partir du Conjoncturel et de dire le Conjoncturel pour évoquer le Structurel ou l’Universel. Tout est question d’approche, d’angle, et de la façon d’appréhender les choses. On peut parler de l’Humanité à travers un personnage singulier que l’on suit sur le long terme. Ce sera ça aussi l’actualité car cette approche révèlera ce que vivent aujourd’hui tous les autres à travers lui ou elle. Il y a des sujets intemporels qui sont une claque tant ils nous disent à quel point ils restent toujours d’actualité.

Il est commun de dire que le photojournalisme s’apprend sur le terrain mais vous avez pourtant suivi une formation à l’EMI, pourquoi ?

Il y a longtemps de cela maintenant, c’était en 1992 je crois. A l’époque, je souhaitais apprendre l’aspect technique de la photo car je ne l’avais jamais appris : l’éclairage, le flash, etc… et je n’avais aucune idée de comment contacter les rédactions, comment construire un reportage, comment faire son editing, etc… C’est surtout cela que je venais chercher dans cette formation.

Est-ce que la vidéo et/ou le multimédia feront partie de votre pratique professionnelle future ?

Oui certainement car j’ai des sujets que je n’envisage qu’avec du son. Mais là aussi, il y a la technique à apprendre, et là aussi, il est important de savoir construire l’histoire dans ce tout nouveau langage. Je sais que j’ai beaucoup à apprendre… Donc l’envie et les sujets sont là, pas encore la technique ni le temps de l’apprendre. Je suis preneuse et à la recherché de conseils et de collaborations.

En quoi ces nouveaux outils changent-ils les modes de narration du photographe ?

Ils changent et ne changent pas. Tout dépend de l’utilisation qu’on en fait. D’après ce que j’en perçois, cela nous amène à continuer de faire des photos que nous faisions en tant que photographe mais aussi à penser comme pour le cinéma avec des plans fixes, des plans qui font le lien, des portraits, bref, toutes les photos qu’on ne faisaient pas et qui n’étaient pas utiles dans le photo-reportage à proprement parlé.
Ces nouveaux outils ne sont qu’au début de ce qu’on va leur faire dire. On a pas encore trouvé toutes les façons de les conjuguer. Je resterai modeste et humble. J’en ai une connaissance encore réduite. Ce que je sais c’est que cela va m’amener à travailler sur des sujets que je n’aurais pas traités par la photo seule car ils ont en eux une part de mouvement et de son que je souhaite capter et rendre tant ils font partie du sujet…



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