Pierre Morel

Promotion 2007-2008

Portfolio
• Les jongleurs
Prix
• Tremplin - Le "contre" forum social

Entretien

Comme une pratique de la photographie qui se confronte au réel

Quelle définition du photojournalisme pourriez-vous donner ? Vous considérez vous comme photojournaliste ?

J’aime la définition du photojournalisme comme une pratique de la photographie qui se confronte au réel. Pour ma part, une grande partie de mon activité se joue dans la confrontation au réel. Soit dans l’espace public, dans le cadre d’un reportage, soit plus intiment dans la documentation de mon existence intime. A ce titre, je considère par exemple que la photo de famille est une certaine forme de photojournalisme.

Pensez-vous que le photojournalisme se pratique obligatoirement sur le terrain de l’actualité ?

Ma réponse ci-dessus montre que non. Tout ce qui peut contribuer à documenter notre réalité (commune ou singulière) rentre dans le cadre du photojournalisme. Il y a des histoires courtes à raconter, c’est que qu’on rapproche le plus de l’actualité, mais il y a aussi des histoires longues. Qui plus est, l’actualité est une notion un peu piègeuse puisqu’elle existe notamment grâce à l’image. Ainsi, la question est de savoir s’il peut exister une actualité en dehors des lieux où officient les photographes.

Quelle est votre référence en photojournalisme aujourd’hui ?

Comme beaucoup, en commençant, c’est Henri Cartier-Bresson et Raymond Depardon qui m’ont le plus inspirés. Cartier-Bresson pour son sens du cadre, Depardon pour sa carrière aussi bien photographique que cinématographique et pour le sens de son travail.

Aujourd’hui je me nourris plus de photographes et collectifs, de ce qui se fait à MYOP, Magnum ou Vu et qui m’inspire chaque jour. Un Paolo Pellegrin est pour moi l’exemple type du photographe bon partout avec un vrai regard d’auteur. Quelques noms qui me plaisent : Sébastien Calvet, Alex Majoli, Nan Goldin, Carl de Keyzer...

J’aime les photographes qui sont capables de raconter quelque chose de différent sur des sujets très médiatisés ou sur des lieux communs.

Il est commun de dire que le photojournalisme s’apprend sur le terrain mais vous avez suivi une formation à l’EMI, pourquoi  ?

Plusieurs raisons m’ont poussé à vouloir intégrer le stage à l’EMI au delà du fait que ça soit l’une des seules écoles en France à proposer une formation de photojournaliste.

Tout d’abord c’est le discours de l’école qui m’a plu. Il y a un engagement dans la façon de produire de l’information qui me convenait. Cela signifie être sensibilisé à la déontologie, au rôle de l’information et dans le même temps avoir une réflexion sur l’évolution du métier, sur les droits des photographes...Ensuite c’est le fait d’avoir un parcours rapide de 6 mois, largement suffisant pour rentrer dans le milieu professionnel quand on veut vite se lancer. Enfin, c’est le coté réellement pro de la formation avec de nombreux intervenants, reconnus et encore en activité, qui poussent chacun le photojournalisme en avant. Je ne regrette absolument pas. Ce n’est certes pas une école où on apprend à faire de la photographie, c’est une école où l’on devient photojournaliste professionnel indépendant. C’est le plus important aujourd’hui.

Pensez vous que l’usage de la vidéo et du multimédia fera partie de votre pratique professionnelle dans l’avenir et pourquoi  ?

Autant que possible je reste sensibilisé à tout ce qu’il se fait pour l’évolution de nos métiers. En revanche aujourd’hui je gagne bien ma vie en pratiquant le reportage de « manière classique ». Et ça me plait bien comme ça. Quand je serais épuisé de ça ou quand j’aurais le sentiment de ne pas rendre compte comme je le voudrais d’une histoire avec de la photo alors oui, je réfléchirais à utiliser d’autres médiums en ma possession. Je ne pense pas que ça soit une fin en soit, tout au mieux ça nous permet au moins d’avoir de quoi discuter lorsqu’on parle de l’avenir de notre métier.



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